Né en 1978 à Chiraz en Iran, Amir Reza Koohestani publie dès l’âge de 16 ans des nouvelles dans les journaux de sa ville natale. Attiré par le cinéma, il suit des cours de réalisation et de prise de vue. Pendant un temps, il joue aux côtés des membres du Mehr Theatre Groupavant de se consacrer à l’écriture de ses premières pièces: And The Day Never Came (1999) et The Murmuring Tales (2000).
Avec Dance on Glasses (2001), sa troisième pièce(en tournée pendant quatre ans), il acquiert une notoriété internationale. Suivent alors les pièces Recent Experiences; Amid the Clouds(2005); Dry Blood & Fresh Vegetables(2007); Quartet: A Journey North(2007); Where Were You on January 8th? (2009) et Ivanov(2011), toutes plébiscitées à travers le monde. Koohestani répond également aux invitations du Schauspielhaus à Cologne avec Einzelzimmer ( 2006), et du Nouveau Théâtre de Besançon en participant, avec les metteurs en scène Sylvain Maurice et Oriza Hirata, à la pièce Des Utopies ? (2009) présentée en France et au Japon.
En 2012, le film Modest Reception, dont il co-signe le scénario avec Mani Haghighi remporte le Netpac Award au Festival International du Film de Berlin.
Il crée la pièce The Fourth Wall, adaptation de la pièce originale England de Tim Crouch, présentée cent fois dans une galerie d’art à Téhéran. Pour 2013, le Festival actoral à Marseille, lui commande l’écriture d’une nouvelle pièce, Timeloss (basée sur sa pièce précédente Dance on Glasses). D’octobre 2014 à mars 2015, Amir Reza Koohestani est en résidence à l’Akademie Schloss Solitude, à Stuttgart, où il écrit Hearing. Créée en juillet 2015 au Théâtre de la Ville de Téhéran, celle-ci est depuis jouée en Europe et présentée au Festival d’Avignon en 2016.
En septembre 2016, il présente au Münchner Kammerspiele Der Fall Meursault : Eine Gegendarstellung d’après le roman de Kamel Daoud-Meursault, contre-enquête. Créée avec les comédiens du théâtre et Mahin Sadri (Timeloss, Hearing, etc.), la pièce est partie intégrante du répertoire et régulièrement présentée. En 2017, il signe la mise en scène de son premier opéra –Tannhaüser – au Staatstheater Darmstadt et présente une adaptation de Der Kirschgartenau Theater Freigburg. En mars 2018, il présente Die Attentäterien d’après la pièce L’Attentat de Yasmina Khadra au Münchner Kammerspiele. En mai de la même année, il crée Summerless, troisième volet de sa trilogie –après Timeloss et Hearing – sur le temps et la mémoire, au Kunsten festival des arts.
De créations en créations, Koohestani a su imposer son style, celui du renouveau, à la fois poétique et critique, qui rompt avec le naturalisme de la tradition théâtrale iranienne.Le dramaturge de quarante ans parvient à des intensités brûlantes par une économie de moyens, une sobriété remarquables. On peut raccorder cette plasticité des lignes, ce jeu toujours tenu au goût d’une esthétique pure; le contexte, cependant, dans lequel l’artiste iranien produit ses spectacles incite à interroger le rapport de cette épure et de la censure qui sévit dans son pays. Une interrogation d’ailleurs régulièrement portée par la critique occidentale, parfois par suspicion à l’endroit d’œuvres provenant de régimes autoritaires et malgré tout admises à l’exportation.
Koohestani a répondu dans un texte profond intitulé significativement «Ce que nous ne disons pas mais qui est entendu» (in Le Temps que nous partageons, éd. Kunstenfestival des arts et Mercator fonds, 2015). Il relève tout d’abord que le fait de germer à l’ombre de la censure n’annule pas de facto l’acuité sensible et intellectuelle d’une œuvre: tiendra-t-on pour anémiées, interroge Koohestani, les réalisations d’Eisenstein, Tarkovski ou Grotowski? «Une liberté́totale, tranche même l’artiste iranien, n’est pas la condition nécessaire et suffisante àla création.»
Pour tromper la vigilance des censeurs, le metteur en scène de Summerless relève l’importance cruciale d’éprouver la société à laquelle il s’adresse. L’importance de la sympathie, d’un imaginaire partagé. «A partir du moment où le public connaît les contraintes et tabous subis par des disciplines artistiques telles que le théâtre, la censure est faillible ou du moins contournable. (…) Les images ne sont pas nécessairement celles qui sont données à voir sur scène, mais celles qui se forment dans l’esprit du spectateur, hors d’atteinte de quelque comité́ de censure que ce soit.» Le spectateur complice animant le geste retenu et prêtant l’oreille aux non-dits.
La Marmite se réjouit de compter au sein de ses vigies un si probe artiste, un homme qui tutoie l’urgence.