Premier rendez-vous: participation au spectacle «Mission Roosevelt» de la compagnie Clifton Circus programmée à la Fête du Théâtre
Le vendredi 9 octobre 2020

Nous nous donnons toutes et tous rendez-vous sur l’esplanade du MEG pour faire un bref point sur le spectacle qui nous attend. Il s’agit d’une proposition artistique de la cie Clifton Circus où le spectateur.trice tient un rôle très actif. Cet aspect nous fait aborder la définition même d’un spectacle et d’un.e spectateur.trice que l’on a tendance à imaginer a priori passif.ve bien assis.e dans les rangées de fauteuils face au « 4ème mur ». Nous parlons également de la thématique du handicap. Est-ce que la ville est adaptée aux personnes en situation de handicap ? Connaissent-il.elle.s des personnes en situation de handicap ? Ont-ils eu l’occasion d’utiliser un fauteuil roulant ? Mélanie, Wesley, Lucas connaissent des personnes en fauteuil: des voisins ou amis de leurs parents.

Le site de la Fête du Théâtre annonce:
«Ceci n’est pas un spectacle. C’est une expérience unique, une expérimentation, un safari urbain ludique. Vous en serez à la fois les acteurs, les cobayes et surtout les uniques et heureux bénéficiaires. Mission Roosevelt se donne comme objectif de traverser l’espace urbain, d’y faire un parcours et d’y laisser une trace colorée sur le sol, mais aussi chez les participants.»

Nous marchons jusqu’à la Maison de Quartier de la Jonction où nous accueille un comédien en costume et lunettes noires, incognito derrière une plante verte. À l’étage, deux comédiens nous expliquent notre mission et nous délestent de nos papiers d’identité… Enfin, à chacun.e est remise une enveloppe avec un plan de la déambulation dans le quartier que nous allons devoir respecter et réaliser en fauteuil roulant sans «tricher» durant ces prochaines 2 heures…

Les quelques appréhensions du début sont vite dépassées et chacun.e se prête avec bonne humeur au «jeu». La fatigue physique, les cloques sur les paumes de mains commencent à apparaître mais tou.te.s continuent le parcours sans rechigner en prenant conscience de ce nouveau point de vue et des difficultés l’accompagnant : vulnérabilité face aux voitures, hauteurs des trottoirs et des rayons dans les supermarchés, regard des passant.e.s connu.e.s ou inconnu.e.s, interaction avec des client.e.s pour les aider à atteindre ce dont ils ont besoin au supermarché, etc.

Naissent également beaucoup de gestes d’entraide, de bienveillance envers les professeur.e.s également en fauteuil, de techniques de chaîne de «tractage» des camarades retardataires, etc. Mélanie, une des élèves ayant eu la bonne idée de s’équiper de son smartphone et d’un stabilisateur de mouvement, filme une partie du parcours.

Vidéo © Mélanie dos Santos

Ces 2 heures de ce parcours atypique se terminent de façon ludique par une course de rapidité qui atteste de la maîtrise de leur fauteuil ce qui leur a demandé pourtant bien des efforts et de la persévérance.

Photos © Céline Terrasson

Avant de se séparer nous prenons un moment pour faire un rapide retour collectif. Qu’en ont-il.elle.s pensé ? Se sont-il.elle.s senti.e.s à l’aise, gêné.e.s ?

Chez les élèves comme chez les professeur.e.s, les sentiments sont mitigés quant à la «position» demandée au.à la spectateur.trice et l’intention artistique. Peut-on jouer «à être en fauteuil» le temps d’un spectacle alors qu’il s’agit de la réalité quotidienne d’autres personnes ? Faire cette expérience physique et concrète permet-il de mieux comprendre des situations que nous ne vivons pas directement, de nous rendre attentifs.ves à de nouvelles choses ?

Certain.e.s se sont senti.e.s gêné.e.s d’endosser ce rôle factice. En apercevant une personne réellement en situation de handicap durant le parcours, certain.e.s élèves se sont senti.e.s en position d’«imposture»…Cependant, tou.te.s sont unanimes quant à l’aspect collectif de l’expérience: ce parcours a créé une situation de partage et a contribué à renforcer la cohésion du groupe autant entre les élèves qu’avec les professeur.e.s.

Voilà les mots écrits anonymement par les élèves pour décrire cette expérience « à chaud » :
Ostentatoire – contradiction – oublier – douleur – endurance – adaptation – force – sentiment de groupe – joie – jeu – aide – courage – union – ludique – les doigts – sympa – éprouvant – intéressant – fatiguant – prise de conscience – génial – gênant – noir – drôle – sportif – chaud – nouveau – agréable – réflexion – cool – plaisant – nice

Nous nous quittons en nous disant que nous avons bien hâte de nous retrouver pour la suite du parcours culturel et que cette première sortie constitue un bel augure pour la suite ! …